Lecture d'un chapitre
4 « La petite fille aux allumettes & Le petit chaperon rouge »
7 « Conte à rebours de la lune »
Publié par FFMONRISE, le mercredi 17 janvier 2018

Conte à rebours (ou de l'art de parler pour ne rien en dire)

« ... et c’est ainsi que, après avoir mangé le gâteau et bu le vin que le petit Chaperon lui avait apporté, Mère-Grand déposa un doux baiser sur le front de sa tendre et désormais avertie petite-fille...

La nuit paisible enveloppa de son doux manteau la maison à présent assoupie, semblant vouloir tirer le rideau sur ce récit. La suite de l'histoire leur appartenant, c'est tout ce que nous pourrons vous en dire.

Ah, une chose peut-être : s'il ne sont pas morts, ils sont toujours vivants ! »

FIN

(Note De La Rédaction) — Si certains lecteurs ne sont pas coutumiers des légendes germaniques, nous leur rappellerons juste que la sentence finale « S'ils ne sont pas morts, ils sont toujours vivants » était couramment utilisée à la fin des contes des frères Grimm, fameux philologues du début du XIXe siècle, et auxquels nous devons force collations de mythes indo-européens.

(Note De La Traduction) — Tout à fait, chers amis de la rédaction, en effet ; pour plus de précisions, nous ne saurions trop vous conseiller la lecture du recueil paru il y a presque deux siècles précisément, intitulé « Kinder- und Hausmärchen » ou « KHM » en abrégé.

(Note De La Rédaction -ou NDLR-) — Merci pour cet ajout ô combien intéressant de nos amis de la traduction ; cependant et sans vouloir trop insister sur ce point nombre de nos lecteurs, pourtant assidus, seront peut-être un peu perdus s'ils ne maîtrisent pas complètement la belle langue de Goethe. C'est pourquoi nous nous permettrons de demander à nos collègues et néanmoins amis de bien vouloir préciser s'il s'agissait bien là de l'ouvrage connu dans la très belle langue de Molière sous le titre de « Contes de l'enfance et du foyer ».

(Note De La Traduction -ou NDLT, donc-) — Oui, en effet, cette remarque n'est pas dénuée de bon sens, loin de là. Il s'agit bien de cette œuvre ô combien particulière et attachante, et sans vouloir le moins du monde sembler devoir reprendre quelque peu votre propos, nous ne saurions trop vous rappeler qu'elle est plus habituellement rebaptisée en français « Les contes des frères Grimm » quand ce n'est pas plus simplement « Les contes de Grimm », pour les plus prosaïques d'entre nous.

(NDLR -pour faire plus court-) — C'est cela. Cartésiens préférerons-nous à prosaïques, si vous nous passez le mot ; n'oublions pas le « Cogito, ergo sum » de notre cher René national, qui n'attendit pas, lui, le début du XIXe siècle pour faire preuve d'érudition. Nous ne nous appesantirons pas davantage sur son merveilleux contemporain et compatriote Charles Perrault, dont nombre textes furent utilisés et modifiés (au risque d'en perdre la substantifique moelle), par nos deux frères d'outre-Rhin.

(NDLT -pour faire plus court, donc-) — Tout à fait, il va de soi que l'esprit des lumières vint aussi de l'autre côté du fleuve majestueux et romantique (voir Victor Hugo et ses pages amoureuses du cours d'eau idyllique dans « Le Rhin », mais ça c'est une autre histoire)... oui de l'autre rivage disions-nous vu par les Grimm : cependant, permettez-nous de vous faire remarquer que tout cartésien que fût le royaume de France à cette époque, nombreuses furent les familles converties aux idées de la Reforme (grâce soit rendue à Martin Luther) qui durent fuir devant les actes odieux perpétrés à leur endroit par ces mêmes esprits dits éclairés.

(NDLR -plus court, nous on ne le dit pas seulement, on le fait aussi-) — Nous sommes d'accord avec vous sur ce point de l'Histoire, et si ce manque de clairvoyance et de tolérance est grandement à déplorer, nous aurions beau jeu de vous rappeler que les deux frères dont on parle depuis tout à l'heure, non seulement ont repompé (passez-nous l'expression, merci) moult historiettes du susnommé Charles P., mais encore utilisé les récits des Huguenots (terme dont nous ne saurions trop réprouvé le sens péjoratif), Protestants donc, partis de la douce France de leur enfance pour traverser le cœur gros et les yeux pleins de larmes, le susdit Rhin.

(NDLT -plus court, oui, ça se voit-) — D'accord sommes-nous aussi avec vous pour regretter ces faits peu glorieux. Beau jeu nous aurions aussi de mettre le doigt sur le fait que l'auteur des célèbres «Contes de ma mère l'Oye » ne les inventa pas, mais plutôt s'appropria les récits populaires et oraux des contrées environnantes. Nous n'oserions parler pareillement de son compatriote et collègue quoique non ami (voir la Querelle des Anciens et des Modernes), Jean de La Fontaine donc, qui s'inspira -le mot est faible- des fables d'Ésope, le fabuleux fabuliste grec d'origine phrygienne hélas à présent presque oublié des masses, donc par beaucoup, mais là, on ne vous apprend rien, amis de la rédaction.

(NDLR -ça vous va comme ça ?-) — Entièrement d'accord avec eux, les gars de la traduction, même sans Majuscules ; le Jean national, il a osé la faire, la querelle contre les Anciens et on est persuadés ici, à la rédac, que lui connaissait ses classiques et que par une admirable finesse d'esprit, savait avant d'autres que le Phrygien étant un dialecte peu répandu dans l'Europe du 17é (même sans majuscules, on vous a dit !), la plus intelligente des choses à faire était de lui rendre cet hommage pour participer ainsi au maintien du savoir et de la culture. Y en a qui peuvent pas en dire autant, suivez mon regard. Vous croyez vraiment qu'on peut oser dire « il y a PRESQUE deux siècles PRÉCISÉMENT » (voir plus haut) et rester crédibles auprès d'un lectorat qui ne se veut que fidèle et conscient de la valeur des papiers qui lui sont proposés ? Haha, y en a qui font moins les fiers !

(NDLT -nous on fait comme on veut- !) — Bah sûr qu'ils doivent avoir raison ; comme c'est les rédacteurs, ils croient qu'ils sont hors de portée de toute critique constructive de la part des valeureux collaborateurs dont nous faisons partie. Mais faut pas pousser la Mère l'Oye dedans les orties, comme aurait pu dire Ésope lui-même himself : nous aussi on a de la culture, et polyglotte ça veut dire qu'on en a, dans la goule. Enfin, on n'est pas les seuls à vrai dire : oser écrire « la sentence finale » au sujet de la phrase conclusive des contes allemands, si c'est pas du manque de tact ; pourquoi pas la Peine -avec Capitale- pendant qu'on y est : les lecteurs qui seront pas contents passeront sous la « bascule à Charlot » (pardon Perrault), c'est la rédaction qui invite !

(NDRédacteur -tout court-) — Ouais, bah tu vas voir qui c'est le patron ici. Si t'es pas content, t'as qu'à sortir dehors...

(NDTraducteur -itou-) — T'as pas peur que je te rentre dedans, espèce de pléonasme ?

(Rédac.) — Bah viens si t'es courageux, oxymore...

(Trad.) — Pis cinq lignes avant la fin, il était encore vivant... Va y avoir du sang, appelez La Palice !

(R) — Imbuvable !

(T) — Illisible !

...

(Silence, non concerté, mais silence tout de même ; ça fait du bien une petite pause.)

...

(UPV -Une Petite Voix, si vous préférez-) — Euh, pardon, il y a encore quelqu'un à cette heure tardive ? Non, je dis ça pour savoir, vous comprenez, juste que...

(R) — Qui c'est qui cause ? C'est toi, Traducteur ?

(T) — Bah non, tu vois bien, et je suppose que c'est pas toi non plus ?

(UPV) — Non, non, moi, c'est seulement parce que depuis tout à l'heure, je vous entendais vous répondre avec vigueur, alors, ce blanc, d'un coup, ça m'a fait tout drôle.

(R) — Mais, d'abord, t'es qui toi, pour venir ici ?

(T) — Oui, dis-nous, tu vois pas qu'on bosse ? On est sensé terminer notre prose avant minuit, et si tu sais lire tu devrais bien te rendre conte... pardon, compte que le temps, il tourne.

(R) — Oui, pis pour nous, faut bien dire aussi que le temps, c'est de l'argent.

(T) — Enfin, quand on arrive à rester concentrés sur le sujet...

(R) — ...qu'on ne s'invective pas au bout de quinze lignes...

(T) — ...et qu'on n'est pas dérangés par Je-Ne-Sais-Qui !

(JNSQ -ex UPV-) — Si vous insistez... je vous représente mes excuses, mais comprenez, avant que votre discussion ne se transforme en dispute de chiffonniers, je la trouvais plutôt intéressante, votre sus-dite prose. Moi aussi, j'aime bien les récits oraux, les contes et les légendes de l'ancien temps.

(Rédac.) — Ah bon, c'est vrai ? Et vous avez aimé quoi : Charles, Jean, Ésope ?

(Trad.) — Ou Victor, Grimm Jr, Grimm Sr ? Euh, dites-nous, il faut vous appeler comment, au fait ?

(JNSQ ) — Oh, vous savez, moi, je ne suis personne. Juste une auditrice, une lectrice, une maman comme il y en a tant d'autres...

(NDLR) — N'en dites pas plus, vous êtes celle qu'il nous faut !

(NDLT) — Oui, une maman, c'est beau, une maman. Et pour les contes, je ne vous raconte pas !

(JUM -Juste Une Maman, ex JNSQ ex UPV-) — Merci bien, et j'écoutais donc, comme je le disais, et je racontais en même temps à mon plus jeune fils : il adore les histoires qui se terminent bien. Par contre, entre nous, vous ne pourriez pas arrêter avec vos NDLR, NDLT et tout ça, c'est un peu usant à la fin pour le lecteur lambda.

(LL -Lecteur Lambda-) — Oui, c'est vrai, j'osais pas le dire, mais c'est un peu comme qui dirait usant.

(LL2 -Lecteur Lambda 2-) — Bah c'est sûr, cousin, c'est point trop cool pour les gens qui sont pas « de la Haute », on est pas habitués...

(LL) — Eh, parle pour toi, je suis pas de basse extraction, moi !

(LL2) — Oh l'autre, comment il se la pète, il a rien à faire ici et il la ramène, Môssieur !

(NRLR-NDLT-JUM) — C'est pas fini, non, mais ? Y en a qui essaient de faire leur boulot !

(LL-LL2) —« ... »

(MM -Moi-même, après tout, tant qu'on y est-) — Silence pas concerté, mais consternant : au moins, on n'a pas tout perdu.

(JUM) — Nous en étions où déjà ? Ah oui, les histoires qui peuvent également bien se terminer, c'est pas mal non plus, vous ne croyez pas, tous les deux ? Et puis, rédacteur ou traducteur, vous devriez œuvrer ensemble dans la même direction, n'est-il pas ?

(NDLR) — Oui, vous avez peut-être raison, Madame...

(NDLT) — Madame, oui, vous devez bien avoir raison...

(NDLR) — Tu recommences, ça y est ; si moi je dis « peut-être », toi faut que tu écrives « bien ». T'en a pas marre à la fin d'être lâche et obséquieux ?

(NDLT) — Et toi, tu as pas trop mal aux chevilles, de te prendre toujours pour le patron ?

(JUM) — Bon, c'est reparti ! J'aurais bien aimé que se soit un peu plus cohérent, votre truc. Pourtant, je la trouvais sympathique, moi, votre histoire.

(NDLR) — Bah, vous savez, c'est juste un peu de culture...

(NDLT) — ... et des heures d'expérience : n'oublions jamais l'expérience !

(JUM) — Non, je ne parlais pas de ça, mais enfin... Moi, c'est surtout les premières lignes qui m'ont plu.

(NDLR-NDLT) — Avec le petit gâteau, la maisonnée, la nuit paisible ?

(JUM) — Oui, mais surtout le baiser sur le front. Vous ne pouvez pas comprendre, vous n'êtes pas mère. Vous m'excuserez, il faut que j'y aille.

...

Silence tout court, mais quand même un peu gêné, quoi.

...

(NDLR) — Euh, et avant que vous partiez, ou peut savoir comment vous vous appelez ?

(NDLT) — Oui, juste comme ça, pour mettre un nom, pour ne pas juste rester sur des initiales, capitales ou pas ...

(JUM) — Moi ? C'est simple, vous me connaissez depuis le début ; si si, c'est moi, la future grand-maman de l'histoire...

...

Dernier silence ; un point, c’est tout.

(Et que le loup ne vous mange pas !)

  
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