Le blog de l'histoire
Encore une fois, j'ai honteusement laissé passer un anniversaire, celui de Mirella, le 13 juillet dernier. Mais je suis encore techniquement dans le délai d'un mois durant lequel je peux le lui souhaiter !

***


On disait parfois que le silence était d'or.

Mais malgré sa valeur, c'était la seule et unique chose que personne n'avait encore réussi à trafiquer dans les Dockcities.

Une rumeur incessante montait des faubourgs du spatioports, celle de milliers d'humains en transit, de toute l'agitation qu'engendrait leur passage. Depuis la cohue des débits de boisson jusqu’aux propositions rauques des prostitués mâles et femelles ; depuis les offres pas toujours discrètes des runners et des vendeurs à la sauvette aux voix énervées, porteuses de conflits annoncés, de travlers alcoolisés ; depuis les musiques de toutes sortes vomies par les hauts-parleurs des bars jusqu'au claquement sur la rue d'une myriade de pas... Seule la retraite dans une chambre insonorisée pouvait sauver de ce tissus sonore qui vous emmaillotait dans ses rets.

Certains seraient devenus fous, peut-être, privés de cette possibilité de rester seuls avec eux-mêmes. La jeune fille qui se présentait sous le nom de « Mirella » n'aimait pas le silence. Il lui évoquait bien trop de souvenirs qu'elle voulait laisser enfouis au fin fond de sa mémoire. Un autre nom que personne ne prononçait sans absolue nécessité. Des baraquements de plastacier, posées comme des briques des construction pour enfant au milieu d' une végétation pelée, sur le coin le plus isolé de la planète Terre. Un silence habité par le bruit perpétuel du vent, plus lancinant que l'occultation totale des sens.

« C'est ainsi, disait sa mère, laconique comme à son habitude, entre deux sessions d'entraînement. C'est notre destin, notre raison d'être. N'oublie pas. N'oublie jamais. »

Puis les choses n'avaient pas tourné comme prévu et elle s'était échouée, comme les débris après une inondation, sur les rives de la Terre, au spatioport de Marina. Une ville qui grouillait en permanence comme une fourmilière humaine, qui refusait de se régler sur le rythme du jour et de la nuit. L'antithèse du no man's land de son enfance.

Depuis, elle n'aimait pas les gens qui se taisaient. Leur silence n’était qu'un masque qui occultait une menace latente, ou des pensées complexes toujours destinées à se retourner contre elle, parce qu'elle n’était qu'une runner aux cheveux violet, au visage tatoué, aux vêtements voyants, qui avait survécu un peu plus longtemps que les autres. Parce qu'elle n’était que le véhicule des précieuses denrées qu'elle négociait et livrait, qui valaient plus que sa vie sans relief.

L'homme devant elle était silencieux.

Il se contentait de la regarder, avec ses yeux gris-bleus attentifs et doux, dans un visage à l'expression grave.

Et ce silence-là était étrangement réconfortant, comme une couverture qu'on aurait posée sur ses épaules pour la protéger des éléments.

C'était étrange... Un peu déstabilisant. Elle avait tenté de briser ce silence en lui faisant l'article des fausses attestations douanières qu'elle lui proposait, mais le travler à la mèche blanche ne semblait pas vraiment l'écouter, comme si les mots qui s'écoulaient de ses lèvres glissaient sur lui.

Au bout d'un moment, elle finit par se taire, elle aussi.

Et fut surprise de constater que sans la barrière des mots superflus, ils se comprenaient toujours.

Soudain, elle se sentit fatiguée.

Elle ressentit l'envie de rentrer dans un foyer qu'elle n’avais jamais possédé.

Ce ne fut qu'après un long moment qu'il lui demanda enfin :

« Vous n'avez jamais pensé à faire autre chose ? »
Beatrice Aubeterre   vendredi 10 août 2012 à 00h4310.08.2012 à 00h43   0
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Si je devais me définir, je dirais que je suis une touche-à-tout qui n'excelle en rien, mais à qui la ténacité tient lieu de talent. Archiviste ascendant geek, je me disperse dans une pléthore d'activités différentes. En plus de l'écriture, je pratique à titre amateur le chant classique, le dessin, l'infographie, la couture, la construction de miniatures et le jeu de rôle - surtout grandeur nature. Fan de SSSF depuis toujours, j'essaye d'écrire ce que je voudrais lire. J'aime les gentlemen en redingotes, les équipages soudés, les méchas et les choses qui volent (bateaux, villes, anges...) J'adore les univers détaillés, les sagas épiques mais qui laissent aussi la place à la petite histoire !
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Terrae incognitae
Beatrice Aubeterre, 17.09.2019 à 11h37
J'ai enfin épuisé tous les chapitres écrits aux "origines", me voici arrivée sur des passages rédigés plus récemment. Je prends un grand plaisir à corriger ce nouveau chapitre qui met en vedette notre chère Berry, technicienne informatiq...
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