Lecture d'un chapitre
3 « Troisième partie »
1 « Assaut »
Publié par Beatrice Aubeterre, le mardi 30 juin 2020

Marina, Astroport de Vancouver, planète Terre, samedi 26 mai 2356

 

Le spatioport de Marina ne dormait jamais tout à fait. L’horloge biologique des humains importait peu ; les fenêtres de décollage et d’atterrissage se succédaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les infrastructures continuaient à fonctionner, mais de façon réduite. Les rues des dockcities s’obscurcissaient, mais même si leur fréquentation se limitait à sa plus simple expression, runners, mercenaires, prostitués, truands et autres représentants de la société clandestine intensifiaient leurs trafics dans les caches et les tripots.

Malgré tout, le ralentissement général des activités, l’ombre que ne perçait pas tout à fait la clarté brutale des projecteurs et la baisse d’attention propre aux phases nocturnes demeuraient plus favorables à une opération secrète que la période diurne. La petite troupe progressait dans un silence quasi absolu, comme des fragments de pénombre qui quittaient la nuit pour s’y refondre aussitôt. Si son objectif avait été plus prestigieux, le risque de découverte aurait été supérieur ; mais dans cette partie du spatioport dormaient, pour l’essentiel, des engins de travlers qui grappillaient juste assez de revenus pour garder leur fuselage dans les airs.

La cible se situait en plein cœur de la zone : un modeste vaisseau de transport, à l’aspect inélégant et au nez globuleux, qui avait connu des jours meilleurs. Certes pas un modèle susceptible de faire l’objet d’une opération aussi bien préparée. Ses veilleuses allumées témoignaient d’une présence à bord. Le groupe mystérieux jouissait d’une chance insolente : des appareils plus volumineux, de part et d’autre, le coupaient quasiment de la lueur des projecteurs, rendant leur approche presque trop aisée.

Un portail magnétique entourait le périmètre, afin de garantir la tranquillité et l’intimité de l’équipage. L’une des silhouettes s’avança hors de l’ombre, révélant l’armure légère de matériaux organiques souples qui le protégeait et la dissimulait tout à la fois. Elle détacha de sa ceinture un boîtier qu’elle fixa sur le montant avant de taper un code : aussitôt, la barrière faiblit et disparut, laissant la voie libre vers le vaisseau. Elle fit signe à ses compagnons – au nombre de trois – de gagner l’entrée. Elle tira un second appareil qu’elle appliqua à côté du dispositif d’ouverture et effectua la même opération pour forcer l’accès au cargo. Il fallut moins d’une minute pour que la porte se déverrouille, révélant le sas qui constituait la première étape pour pénétrer dans l’espace vital de l’engin qui portait le nom, sur le papier, de « Moonshine ».

Le second sas ne résista pas plus que le premier ; tandis qu’un des membres de l’équipe demeurait à l’extérieur pour monter la garde, les trois autres s’engouffrèrent dans le Moonshine. La visière de leur casque intégrait des capteurs thermiques, afin de pouvoir mieux localiser les formes de vie.

Ils avaient dû potasser les plans de ce modèle de cargo, car ils s’orientèrent directement vers les quartiers de l’équipage. Ils mirent en place les respirateurs de leur armure tandis que l’un d’entre eux se dirigeait vers le circuit d’aération le plus proche : ce serait un jeu d’enfant de récupérer le spécimen et de le ramener vers la cache aménagée non loin de là, dans les cavecities…

 

OOO



Marina, Astroport de Vancouver, planète Terre, vaisseau de transport léger Moonshine Runner, samedi 26 mai 2356.

 

Le léger coup à sa porte fit sursauter Garry.

Il n’avait pas réussi à trouver le sommeil : il ne cessait de repenser à Mika, à sa situation étrange, à son sérieux, à sa naïveté. Ce garçon n’avait décidément pas eu de chance : ceux qui l’avaient conçu et élevé se moquaient pas mal que son existence soit illégale. S’il était repéré par les autorités, il tomberait sous la coupe du bureau aux Affaires génétiques, qui le dirigerait vers un quelconque « centre d’insertion » où on l’oublierait opportunément – s’il n’était pas livré à l’une des agences scientifiques de l’ICG, pour étude approfondie.

Il avait passé une bonne partie de la nuit à travailler sur son ordinateur, révisant ses cours de génie génétique, plus pour s’occuper que par zèle. Il se demandait parfois pourquoi il importait tant aux humains de savoir d’où ils venaient ; de connaître leurs ascendants, en tant que personnes et non sous la seule forme d’un bout de code dans leurs chromosomes. Il le ressentait comme un manque… Sans doute était-ce pour cela que les genhum le fascinaient. Ils possédaient un patrimoine à la fois contrôlé à l’extrême, et totalement improbable : une base assemblée avec soin, née d’une combinaison de profils triés sur le volet, subtilement modifiée par endroit pour produire exactement ce que leurs créateurs souhaitaient obtenir. Malgré tout, ils ne semblaient pas manifester de curiosité vis-à-vis de leurs origines.

Une seconde volée de coups le tira de ses réflexions.

« Entrez ! » lança-t-il.

Il haussa un sourcil surpris en voyant apparaître Mirella : pied nu, vêtu d’un T-shirt informe et d’un caleçon rayé, sa chevelure violette en bataille, elle montrait un regard inquiet :

« Il y a quelque chose qui ne va pas… j’ai cru entendre la porte du sas s’ouvrir…

— La… porte du sas ? »

Garry se redressa en grimaçant ; il avait passé trop de temps dans la même position. Il frotta avec lassitude sa nuque endolorie :

« Pourquoi tu viens me chercher, moi ? »

La jeune fille leva un bras qu’elle appuya au chambranle, en portant un regard sombre sur leur passager :

« Je ne sais pas, au juste… Peut-être parce que je savais que tu ne dormirais pas. »

Elle hésita un peu avant de poursuivre :

« Nous, nous ne sommes pas vraiment du jour… Et je ne voulais pas déranger les autres pour si peu.

— Et qu’est-ce que tu attends de moi ? Que j’aille vérifier avec toi parce que tu as peur du noir ? »

Il se leva, s’étirant légèrement :

« Bien, allons-y. Si réellement il y a une intrusion, nous pouvons toujours sonner l’alarme… »

Cette interruption lui ferait du bien ; peut-être, en revenant, pourrait-il tenter de dormir. Il attrapa sa veste et l’enfila rapidement, pas tant parce qu’il craignait d’avoir froid dans l’atmosphère bien tempérée du vaisseau, mais parce qu’il avait dissimulé dans une des poches du vêtement l’arme ultra légère qu’il avait apportée clandestinement dans un double fond de son sac.

« Est-ce qu’il y a un tableau de contrôle où on peut vérifier les statuts des ouvertures ?

— Oui… mais il ne montrait rien d’anormal… »

Garry savait qu’il était possible de court-circuiter les commandes centrales du vaisseau pour activer les systèmes locaux. Si le Moonshine avait été un appareil de travler comme les autres, il aurait été plus enclin à considérer les craintes de Mirella comme infondées. Mais il abritait Mika… Même s’il ignorait dans quelles circonstances l’équipage du cargo l’avait récupéré, un genhum illégal n’avait rien d’anodin…

Le jeune homme prit soin de verrouiller l’accès à son ordinateur avant se diriger vers la sortie en compagnie de Mirella. Il n’avait pas un très bon pressentiment. Quelque chose lui soufflait que d’habitude, elle ne s’alertait pas pour si peu. Il la suivit à travers les coursives, en direction de l’issue principale. Ils l’avaient presque atteinte quand une alarme se déclencha ; sa compagne s’arrêta net et leva les yeux vers un tableau muni de voyant à mi-chemin du couloir.

« Qu’est-ce que c’est ?

— Un analyseur chimique. Il y a une substance inhabituelle dans l’air du vaisseau…

— Vous avez ça à bord ? s’étonna Garry.

— C’est Becka… c’est une maniaque de la sécurité. Elle dit toujours que de drôles de substances peuvent se répandre un peu partout. »

Le jeune homme ne s’étonna pas que la mécanicienne soit attentive à ce genre de chose, surtout au vu de son existence passée. Il glissa un regard vers Mirella : d’où sortait-elle avant d’être runner, puis travler ? Elle semblait posséder un instinct supérieur à la moyenne.

En tout cas, Garry devait réfléchir vite : s’il s’agissait bien d’une intrusion, que pouvaient-ils faire ? Il n’éprouvait pas de confiance illimitée dans les troupes de sécurité du spatioport : un ressentiment profond s’éveilla en lui tandis qu’il portait machinalement la main à sa poitrine. Certes, il ne gardait aucune séquelle de la terrible blessure, ni même de traces, mais la douleur, la détresse qu’il avait subies demeuraient toujours aussi vives dans son esprit. Malgré tout ce n’était pas le moment de gamberger sur le passé.

Son regard se posa sur le bracelet argenté autour de son poignet ; il se tourna vers Mirella :

« Si je ne me trompe pas, en cas de souci de pressurisation, la salle de pilotage doit pouvoir être hermétiquement scellée pour l’isoler du reste du vaisseau, non ?

— Oui, en effet… »

Son regard sombre s’éclaira :

« Tu as raison, c’est là qu’il nous faut aller ! Suis – moi ! »

Mirella le saisit par le bras pour l’entraîner vers le poste de contrôle. Il la suivit le cœur battant, en espérant que son plan fonctionnerait comme il l’escomptait. Ce n’était pas gagné, mais il ne perdrait rien à essayer !

Le Moonshine Runner n’était pas exactement un grand vaisseau ; ils se trouvèrent bientôt face au sas. Mirella entra rapidement le code puis précipita son compagnon dans l’habitacle, avant de rentrer à son tour et de boucler derrière elle. Elle se rua vers les commandes et demeura un moment indécise devant la console ; Garry commença à éprouver un peu d’inquiétude :

« Tu vas y arriver ? »

Elle lui jeta un coup d’œil furibond :

« Bien sûr ! Je n’ai pas autant l’habitude que Jerem ou Becka, mais je sais me débrouiller ! Après tout, je suis le second du Moonshine !

— Toi ? »

Son ton incrédule indisposa la jeune femme qui tourne vers lui un regard mauvais :

« Encore une remarque de ce style et je te jette dehors ! »

Le jeune homme leva les deux mains en un geste de défense instinctive :

« Pardon, pardon ! Je ne voulais pas t’insulter ! Mais sérieusement, on n’a pas autre chose à faire qu’à se chamailler ? Dans peu de temps, ces malabars seront à l’intérieur… s’ils ne le sont pas déjà !

— C’est bon, tu as raison », grommela-t-elle en s’efforçant de composer le code sur le clavier.

Au moins trois fois, ses doigts s’emmêlèrent avant qu’elle trouve la combinaison. Garry ne pouvait s’empêcher de s’impatienter. Enfin, une représentation tridimensionnelle du vaisseau s’afficha sur l’écran.

« Ouf, les sas d’isolation ont fonctionné : s’ils ont lâché quelque chose dans le circuit d’aération, ça ne nous atteindra plus. Mais nous ne tiendrons pas indéfiniment… »

Des signaux rouges s’activèrent, pour les alerter d’une agression extérieure :

« Ils sont en train de forcer les compartiments intérieurs… La seule chose que nous pouvons faire, c’est nous fortifier ici.

— Il faudrait quand même réveiller votre capitaine et votre mécano, non ? »

Elle hésita un moment puis tourna vers lui ses grands yeux sombres et inquiets :

« Tu as raison, mais…

— Mais ?

— Ils vont se sentir obligés d’intervenir et s’ils sortent de leur cabine maintenant, je crains qu’ils ne se retrouvent en mauvaise posture… nous ne pouvons rien faire pour résister à des gens comme ça… »

Elle désigna l’image tridimensionnelle captée par les holocaméras disséminées dans le vaisseau et qui laissaient apparaître d’imposantes silhouettes en armure. Garry sentit son estomac plonger.

« Est-ce qu’il est possible de verrouiller toutes les cabines, d’ici ?

— Oui, je pense… mais…

— Pousse-toi. »

Sans être un génie de l’informatique, le runner avait acquis assez de connaissance sur la gestion des systèmes de sécurité. Il avait eu un bon professeur en la matière. Le meilleur, sans doute… Après tout, Becka était une mécanicienne extrêmement compétente, mais elle n’était pas comptech. Elle ne pouvait boucher toutes les failles… Même si elle n’avait pas donné tous les droits à Mirella – ce qui était fort probable, compte tenu de leur personnalité respective, entrer dans le profil de la jeune fille lui permettrait d’accéder aux portes logiques nécessaires.

Tandis que Garry explorait le système, il regarda sa voisine à la dérobée : il se sentait de plus en plus intrigué par l’ancienne runner aux cheveux violets. La plupart de ceux qui atterrissaient dans cette existence dangereuse étaient des paumés, sans perspective d’avenir. Mais elle ne se conformait pas à ce schéma : elle avait su rester « clean », elle n’avait pas altéré son apparence de façon trop poussée – le genre de tatouage qu’elle portait était durable, mais aisément réversible. Elle avait accepté de sortir de cette vie, ce qui aurait déjà dû le faire réfléchir…

« Encore une fois, pourquoi est-ce moi que tu es allée chercher, pas Becka ou le capitaine ?

— Tu sais pourquoi… »

Il s’obligea à garder son attention sur les commandes, résistant à la tentation de se retourner pour la regarder ; une crainte qui n’avouait pas son nom commençait à le tarauder. Avait-elle lu si clairement en lui ?

« Tu es là pour nous espionner, lui balança-t-elle, un poil hargneuse. Sinon, je ne sais vraiment pas ce tu viendrais foutre ici ! Becka et Jerem ont peut-être été assez naïfs pour te croire, mais pas moi. Tu es un indic, ça se voit comme les yeux au milieu de la figure. Du coup, c’est à toi de nous sortir de ce nœud d’embrouilles… »

Garry ne savait pas s’il devait se sentir soulagé ou pas… Après tout, elle devinait juste, mais pas de la façon dont elle l’imaginait. Du coup, elle pouvait prétendre à – au moins – une part de vérité :

« D’accord… Je fais parfois l’indic pour l’ISO. C’est grâce à moi que cette ordure de Corrodin a été mise en cage… Et entre nous, ce n’est pas une perte. Mais je te jure que ce n’est pas la raison pour laquelle je suis ici…

— Et tu penses que je vais te croire ? »

Elle garda le silence un moment, les traits soudain plus durs :

« Et si je découvre que c’est à cause de toi que nous sommes dans cette panade… Je te tue. »

Il n’en douta pas une seconde, mais il réglerait cette affaire plus tard. Pour le moment, le plus important restait de les tirer de ce mauvais pas – et de tâcher d’identifier aussi leurs attaquants.

« S’il arrive quoi que ce soit à Mika, je te tue aussi… »

Mika… Bien sûr. Un genhum illégal de ce type… ça pouvait montrer à… beaucoup. Il songea aux remarques de Corrodin sur le sergent de l’ISO et sentit ses tripes se nouer. Il semblait plus que probable que c’était le garçon que ces guignols venaient récupérer et que l’affaire du Blue Cosmos n’avait rien à voir avec cette agression.

« Vous l’avez trouvé où, ce gamin ? », demanda-t-il sans quitter son écran des yeux.

— Ça ne te regarde pas. »

Il éclata de rire :

« Wow… fabuleux. Tu aurais pu trouver mieux que ça… Allez, laisse-moi deviner. Vous avez joué les bons samaritains et vous l’avez aidé à échapper de l’endroit où il était gardé ? Ce qui m’étonne, c’est qu’il vous ait suivi. Ce genre de genhum est généralement soumis à un formatage tel que jamais il n’aura même l’idée de se révolter contre son sort.

— Tu en connais beaucoup sur les genhum… remarqua-t-elle d’un ton acide.

— Bien plus que tu l’imagines. Voilà ! »

Avec une exclamation de victoire, il parvint à prendre le contrôle des commandes :

« Voilà, j’ai la main ! Verrouillage automatique de tous les sas de l’appareil ! Et maintenant… »

Il commença à taper une nouvelle série de commandes :

« Mais qu’est-ce que tu fais ? couina Mirella.

— Ça se voit, non ?

— Mais ça va pas ! Nous n’avons pas eu d’attribution de fenêtre, et puis je te rappelle que nous n’avons pas le droit de quitter la surface de la planète !

— Oui, justement, je le sais parfaitement… L’une des fonctions de ces bracelets, c’est d’émettre un signal s’ils se trouvent dans le périmètre immédiat d’un moteur à poussée antigravitationnelle… Ou en bref, à bord d’un vaisseau qui décolle.

— On va avoir des ennuis !

— Probablement, mais nous en aurons beaucoup plus si nous laissons faire ces guignols. Je fais confiance en l’ISO pour intervenir plus vite que la sécurité de Marina, et nous avons été placés sous leur juridiction. Si tout va bien, une nuée de blackies viendra nous sauver la mise dès que possible… »

Elle le regarda bouche bée, incapable de répondre. Une lente et profonde vibration commença à secouer l’appareil. Le jeune homme sentit une chaleur diffuse autour de son poignet ; son bracelet devait déjà émettre son signal, qui serait vite capté par les serveurs de l’ISO. Il se tourna vers sa complice malgré elle :

« Je ne connais pas trop bien les systèmes : je ne vais sans doute pas m’élever de plus d’un mètre de la surface du sol… mais je ne voudrais pas froisser de la tôle. Alors tu as intérêt à m’aider avant que je fasse trop de bêtises… »

Le jeune homme s’amusa de sa mine offusquée, mais il ne se laissa pas berner pour autant : s’il avait survécu jusque là – et encore, tout juste –, c’était bien parce qu’il avait un sixième sens concernant les gens. Même si Mirella possédait des côtés fragiles et des craintes profondes, sans oublier son émotivité manifeste dès qu’il s’agissait de ceux qu’elle aimait, elle montrait les signes d’une dangerosité latente qui outrepassait celle d’une simple runner. Il décida de garder cette information quelque part au fond de son esprit – autant à titre d’avertissement que d’élément utile pour la suite.

À présent qu’il avait verrouillé à distance les cabines des occupants du Moonshine et lancé le circuit d’aération auxiliaire, la contamination resterait contrée durant un temps certes limité, mais suffisant pour attendre les blackies. Malgré tout, Garry se doutait que la substance injectée dans le vaisseau n’avait rien de létal : leurs attaquants ne voulaient certainement pas endommager le précieux genhum. La vibration s’intensifia, tandis que les propulseurs atmosphériques du vaisseau atteignaient la puissance nécessaire pour arracher le Moonshine au sol.

Le résultat fut presque immédiat. Tous les projecteurs environnants s’allumèrent brusquement. Les sirènes du spatioport se mirent à hurler, comme chaque fois qu’un engin décollait hors des fenêtres attribuées. Le jeune runner sentait déjà de légères impulsions parcourir son bracelet de contrôle.

Qu’est-ce que vous pensez de cela, bande de guignols ? songea-t-il avec un petit sourire.

Il posa les yeux sur l’horloge du Moonshine, en se demandant combien de temps s’écoulerait avant l’arrivée de la cavalerie. En général, le délai de réponse des gorilles était remarquablement bon… Il espérait juste qu’ils prendraient l’alerte suffisamment au sérieux pour intervenir.

L’interphone grésilla, avant de déverser une voix courroucée :

« Mirella ? Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi la porte de la cabine est coincée ? »

Becka… Il aurait dû s’y attendre. Cette femme avait tout l’air d’une coriace et le gaz narcotique n’avait sans doute pas eu le temps de se déverser dans les quartiers passagers. Il ferma les yeux et frémit légèrement. Heureusement pour lui, Mirella prit l’initiative de lui répondre :

« Nous avons eu une intrusion… Mais ne t’inquiète pas, Becka, tout est sous contrôle. »

Garry leva les yeux au ciel : c’était exactement le genre de chose qu’il ne fallait surtout pas dire à des gens comme la mécanicienne. La réaction ne tarda pas :

« Comment ça, sous contrôle ? Miri, tu as intérêt à déverrouiller cette porte où je la force et je te fais payer les réparations !

— Attends encore un peu, s’il te plaît ! Je t’assure que tout va s’arranger !

— Et si tu m’expliquais, au moins ?

— Je ne peux pas parler et piloter à la fois ! »

Mirella coupa le transmetteur et se concentra de nouveau sur les commandes, afin de garder le Moonshine à une altitude stationnaire. Ils ne pouvaient pas risquer de percuter un autre engin qui lui, aurait eu l’autorisation de décoller. Garry serra les dents, tâchant de ne pas penser aux hommes en armure d’intervention qui se baladaient dans le vaisseau.

Dans sa courte vie, le jeune homme s’était retrouvé dans bien des galères… Mais celle-ci figurait probablement dans son top vingt. Voire son top dix. D’un autre côté, il ne pouvait que se féliciter que Mirella ait eu l’intuition de le solliciter au lieu de Jerem ou Becka. Il avait appris à les apprécier et respectait leur expérience, mais ils n’étaient pas taillés pour les magouilles. C’était peu dire qu’il n’aurait pas préféré se trouver devant son ordinateur, à travailler tranquillement comme il aimait à le faire dans les petites heures de la nuit. Il savait qu’il dormait trop peu, mais il aurait tout le temps de se reposer quand il aurait atteint ses objectifs.

Le jeune homme s’obligea à se concentrer sur la situation, plutôt que laisser son esprit vagabonder. Un violent grésillement l’informa que les autorités venaient de prendre la main sur le canal de transmission du Moonshine. Une voix sèche et androgyne retentait dans le poste de pilotage :

« Vous êtes sous le contrôle des dispositifs de sécurité de Marina. Veuillez immédiatement vous poser. Les personnes qui font l’objet d’une procédure de suivi judiciaire sont tenues de se présenter dès que possible aux représentants de l’ISO, ainsi que le responsable légal de l’appareil. Nous vous laissons cinq minutes pour obtempérer, au-delà desquelles des mesures plus coercitives seront prises. »

Les prunelles affolées de Mirella bondirent vers lui, sollicitant une réponse.

« On se pose ! » asséna-t-il, soulagé d’apprendre qu’ils n’auraient pas à faire face aux hommes de Marina. Ces vigiles excités sur la détente de leur arme lui donnaient encore des cauchemars. Mais en un sens, il avait moins peur de leur faire face, si besoin, que de s’expliquer face à Jerem et Becka. Enfin, surtout face à Becka…

 

 

 

 

  
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